Where is Brian ?

Un saut de puce au domaine De Montille, ou quand un américain t’accueille et te présente l’une des plus grandes maisons de Bourgogne.

BeauneUN MONUMENT

Le domaine de Montille fait partie de ces monstres sacrés du vignoble français. Sis au cœur de la « grande Bourgogne », cette maison s’est taillée une belle réputation grâce au travail acharné d’Hubert de Montille, aujourd’hui disparu.

Vous savez, Hubert, le vieux monsieur que l’on voit à plusieurs reprises dans le célébrissime Mondovino, de Jonathan Nossiter ?  Celui-là même.

Monstre sacré, c’est peu dire, et l’expression colle aussi à ses vins : des vins très rustiques, élaborés avec la confiance de celui qui connaît impeccablement son terroir et ses 4 hectares de vignes. Traduction : des vins sublimes… pour peu que l’on soit prêt à attendre 20 ans pour les déguster.

Oui, les vins d’Hubert de Montille commençaient tout juste « à goûter » comme on dit dans le jargon à leur majorité passé, et pouvaient se révéler encore carrément ensorcelants près d’un ½ siècle après leur naissance.

ET APRÈS, ON FAIT QUOI ?

Difficile de passer après une telle figure, dont la notoriété dépasse largement nos frontières et dont les coups de sang étaient aussi réputés que ses cuvées. Pendant un temps, seuls Etienne et Alix, deux de ses enfants, ont travaillé à une reprise familiale.

Depuis son décès en 2014, les lignes ont pu bouger plus facilement, les désirs et chemins se redessiner : Alix, l’enfant prodige jusque-là responsable des blancs, a finalement choisi une autre voix, tournée vers la gastronomie. Etienne, un gestionnaire né, a donc naturellement cherché à s’entourer, pour le travail aux vignes comme en cave. C’est ainsi que débarque Brian – mon hôte – dans l’histoire de ce domaine : arrivé en France en 2009, il a d’abord fait ses preuves comme tractoriste. Ex maître de chai aux Etats-Unis, dans la Sonoma Valley, il avait tout à apprendre de ce côté-ci de l’Atlantique : les terroirs, la langue, la philosophie. Mazette. Il rentre donc par la petite porte, et se fait embaucher comme simple ouvrier. Mais l’homme a plus d’un talent dans son sac, une vraie connaissance du Pinot noir, et il acquiert vite une place de confiance au sein de l’équipe. Et puis, son sens de l’humour et sa diplomatie ne sont pas de trop, en cette période de transition.

ON S’ENTOURE ET ON GROSSIT…

C’est donc avec simplicité et enthousiasme, et en tant que véritable responsable viticulture et vinification, qu’il m’accueille puis m’emmène déguster en cave : avec naturel et passion, armé de la pipette magique, de son français impeccable et de son accent so sexy, il me raconte…

Au fil des 2h30 que nous passons ainsi sous terre, je découvre non seulement des jus exceptionnels de finesse et d’élégance, mais aussi la flamme qui anime mon hôte. Les noms des lieux-dits, les subtilités géologiques, l’étymologie et les légendes à propos de telle ou telle parcelle… Brian m’embarque loin.

Et quand il s’agit de parler technique, il répond évidemment présent. Du travail des sols aux tisanes (l’ensemble du domaine est en biodynamie), des différentiels de températures entre les fûts du bas à ceux du haut (de 11,5°C à 14°C !) et des conséquences sur le départ spontané des fermentations malolactiques.

Et quand je demande « Il y aurait un autre vignoble en France, où tu aimerais travailler ? » (Oui, origines américaines obligent, on se tutoie. What else ?)

La réponse est catégorique.

Non, j’aime trop ici. C’est magique avec le Pinot noir et le Chardonnay.

Pour quelqu’un qui a vadrouillé dans différents pays, des États-Unis à la Nouvelle-Zélande, de l’Italie à l’Australie, cet engouement, après pourtant bientôt 10 ans d’installation, est tout bonnement la meilleure des promos possibles pour les terroirs bourguignons.

Et c’est peu dire qu’il les connaît ces terroirs : car il a accompagné Etienne, dans sa volonté d’étendre le domaine familial. Aujourd’hui, ce ne sont plus 4 mais 25 hectares que travaillent les 7 employés à plein temps de l’équipe de Montille.

De Puligny au clos Vougeot, en passant par Pommard, Volnay, Meursault, avec également quelques parcelles plus au Nord, dans le secteur de Nuits-Saint-Georges, Brian œuvre dans la diversité. Pour lui, cette extension du domaine est bénéfique. D’abord, dans la gestion des vins :

C’est la taille idéale ! Dans ces dimensions, tout est encore gérable à la main, et on n’est pas non plus dans des proportions minuscules, où c’est en fait beaucoup plus acrobatique de bien travailler : quand tu es trop petit, et que tu as des micro cuvées, tu dois quasiment donner le biberon à chacun de tes vins !

Domaine de Montille

Pour le suivi et la compréhension de ses terroirs, Brian dispose ainsi de plusieurs fûts, et non d’un seul échantillon, pas nécessairement représentatif.

Et puis, il complète :

Dans chaque endroit, il y a quelque chose de super cool.

Impossible de choisir une parcelle plutôt qu’une autre, chacune a sa personnalité, et permet d’avancer plus loin avec les autres. D’ailleurs, avec Etienne, ils font partie des rares à refuser de mettre en prestation leurs vignes les plus éloignées : oui, ce pourrait être un gain de temps, mais c’est une vraie chance à leurs yeux d’aller observer ce qui se passe plus au Nord, et d’en revenir sur le cœur historique du domaine plus instruit. Sans même parler de l’exigence du travail recherché…

Car l’objectif, aujourd’hui comme hier, c’est de rendre compte de cette magie justement. Sublimer le terroir, sans fard ni béquille : là est la continuité, là est la trame de la maison De Montille. Être les serviteurs de la vigne, du début à la fin, des vignes à la cave. Accompagner cette transformation incroyable de baies de raisin en nectar, avec le moins d’intervention possible. Là réside aujourd’hui la vraie différence : quand Hubert faisait le choix de vins rustiques dont le temps était la clé de dégustation, Etienne et Brian recherchent davantage la délicatesse. Des vins à l’immense potentiel de garde, toujours, mais qui s’offrent à l’amateur dès les premières années.

Une maison, plusieurs histoires, semblent me murmurer ces jus 2017 aux profils si divers et complexes à la fois, et pourtant encore nourissons…

Brian is in the house

Et il semblerait que ce soit une très bonne chose.


Et en dégustation, on goûte quoi ?

2017 – ROUGE

  • Beaune « Les Sizies »
  • Beaune « Les Grèves » Premier Cru (tension et minéralité !)
  • Volnay En Champan
  • Volant « Les Tailleries » Premier Cru (je vous laisse deviner les légendes autour du nom de cette parcelle)
  • Pommard « Les Pézerolles »
  • Pommard « Les Rugiens Bas » Premier Cru
  • Nuits st George « Aux Thorey » Premier Cru
  • Côte de Beaune Corton « Clos du roi » Grand cru
  • Vosne Romanée « Aux Malconsorts » Premier Cru

2017 BLANC

  • Meursault Village « Les Narvaux Dessous »
  • Meursault Premier Cru « Les Porusots » (Cf. Vin du Château de Puligny-Montrachet)
  • Meursault « Les Perrières » Premier Cru

1993 BLANC

  • Puligny-Montrachet « Le Cailleret » Premier Cru => premier blanc du domaine, parcelle du Château de Puligny-Montrachet

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