Tourbillon d’énergie et de passion au domaine Luneau-Papin, avec Marie

Lorsque j’arrive au village du Landreau, je suis fatiguée d’un hiver qui n’en finit plus, excitée de remettre les pieds dans le vignoble après quelques semaines citadines, et intriguée d’en savoir plus sur l’histoire de ce « gros navire » qu’est le domaine Luneau-Papin, dont j’ai rencontré très brièvement une partie de la famille à l’occasion d’un salon parisien.

Le Muscadet ? Une de ces fameuses « zones blanches » dans mes connaissances viticoles.

Tout à apprendre, une page vierge à remplir.

C’est Marie qui me reçoit, et on ne perd pas de temps : on enfile nos bottes, et elle m’embarque sur sa plus belle parcelle, celle qu’ils ont acquise ensemble avec Pierre-Marie, lorsqu’elle rejoint le domaine en 2008. On est sur le terroir mythique de la Butte de la Roche, à 45 mètres d’altitude (Yihaaa ! Ici, c’est HAUT), on surplombe la région et on aperçoit Nantes au loin.

Une légère pente, oui, mais aussi un sol très différent, composé de Serpentinite altérée (à placer dans votre prochaine conversation mondaine).

Si Marie m’explique très vite que, elle, la technique ça ne l’intéresse pas (« à chacun son métier ! »), elle ne s’en révèle pas moins une fine connaisseuse des caractéristiques géologiques des terroirs du domaine, dont les parcelles sont très morcelées.

 

« C’est un terroir particulier, ici… qui nous a permis d’être nous-mêmes. »

Et puis c’est une ambassadrice – et le mot est faible ! – de cette région.

Je suis née ici ! J’ai été élevée au Petit beurre, au Curé Nantais et au Muscadet !

Jusqu’en 2005, les Luneau-Papin, c’étaient Pierre et Monique. À partir de 2005 Pierre-Marie, leur fils, rejoint le domaine. L’équipe s’étoffe encore en 2008, avec l’arrivée de Marie : elle connaît déjà bien les vins de la famille, elle les vendait dans son restaurant à Nantes.

Car le vin, c’est aussi la gastronomie, et ça, Marie l’a bien compris.

Alors, quand elle débarque, elle n’y connaît peut-être pas grand chose en taille, en vinification, en droits de douane et autres joyeusetés du monde viticole.

 

La vision du domaine a peu à peu évolué, avec une remise en question notamment de sa taille : entre 2005 et aujourd’hui, il a ainsi diminué de 60 à 42 hectares : « C’est un bon équilibre pour nous : avec cette surface, on peut voir chacune de nos bouteilles passer entre nos mains. »

En revanche, elle a le contact facile, la tête bien sur les épaules et une connaissance profonde des codes de la restauration. Et puis, elle ose : aller toquer chez les chefs pour faire déguster, enchaîner les rendez-vous, prouver à tous qu’il existe une multitude de vins très différents dans le vignoble nantais, et que certains ont leur place sur les plus grandes tables.

Marie restera modeste et très discrète, mais on devine que l’arrivée d’une personne « étrangère » au monde du vin a plus que secoué les schémas de fonctionnement au sein de l’exploitation.

 

Le vin, ça permet de garder un lien avec le vivant, à tous les niveaux.

Et puis l’histoire personnelle croise et rejoint le chemin professionnel : binôme au travail, Marie et Pierre-Marie sont amis de longue date et, près d’un an après l’arrivée de Marie au domaine, c’est une autre histoire qui débute, d’amour cette fois.

Beaucoup de pudeur, Marie ne s’étendra pas, mais une confiance que l’on devine immense.

On est très complémentaire.

À Pierre-Marie – le contemplatif – la vigne et le travail en cave, à Marie la communication et le volet commercial.

Pour Pierre-Marie, le vivant c’est une approche de plus en plus pointue à la vigne, avec par exemple le travail des sols que l’on voit évoluer à l’œil nu, ou encore avec le développement de la biodynamie… et pour Marie, ce sont ces 1001 rencontres que son quotidien lui offre. Avec de très beaux voyages, grâce au développement de l’export (35 pays !), mais aussi à l’échelle locale : ainsi, tous les vendredis, elle charge sa camionnette et file livrer elle-même les professionnels de la région. Une mission qu’elle ne délèguerait pour rien au monde.

 

Ce qui les fait tous les deux vibrer ? Imaginer qu’à cette seconde précise, là, maintenant, quelqu’un est en train de déguster l’une de leurs cuvées au Vietnam, au fin fond de l’Afrique noire ou en Lettonie.

C’est quand même dingue, non ?

Ce partage, cette transmission, cette curiosité de l’autre… Marie démultiplie les explications et les anecdotes, mais la conclusion est toujours la même : ce qu’elle aime, c’est l’humain.

« Il y a plein d’autres métiers que j’aurais aimé faire ! Fleuriste, boulanger, libraire… Toutes ces professions où l’on transmet quelque chose, où l’on rencontre des gens de partout sans forcément voyager. »

Où l’on donne de soi sans compter, aussi…

Rêveuse… et extraordinairement lucide : Marie n’a pas peur de parler d’entreprise pour parler du domaine, mais aussi de rentabilité, de coût de revient, d’assurances…

« C’est quoi le projet ? Travailler comme un dingue, ne pas vivre, ne pas partir en vacances, et au moindre coup du sort, risquer de perdre 10 années de travail ? »

Marie a cette force là : aborder des sujets (quasi) tabous dans l’univers du vin – et d’autant plus celui du vin bio ! – tout en insufflant une bonne grosse dose de légèreté, de rêve et de fraîcheur.

Et elle ne fait pas qu’analyser ou observer : elle agit. Pour Luneau-Papin, bien sûr, mais aussi pour la région, pour laquelle elle a fondé plusieurs associations, avec toujours derrière cette volonté de porter plus hauts les couleurs de ces vins racés et aux profils si variés.

Elle semble être partout à la fois, et je n’ose imaginer l’étendue de son réseau professionnel ici et ailleurs. Où puise-t-elle donc cette énergie ?

La dégustation qui s’ensuit relève de la même folie gourmande et rieuse : on déguste, et Marie est à la fois au four et au moulin. Tout en me commentant ces premières cuvées toute en finesse et minéralité (La salinité de cette cuvée « Folle blanche 2016 » donne tout bonnement faim d’huîtres !), elle me dresse l’air de rien une table des grands soirs.

En quelques minutes, nous voilà prêtes pour attaquer cette terrine de copains et ce plateau de fromages locaux, achetés ensemble au retour des vignes. L’occasion de savourer des millésimes plus anciens, comme ce Pueris Solis 2005, qui illustrent à merveille l’une des particularités du domaine : très tôt, Monique et Pierre ont eu à cœur de réserver quelques bouteilles pour une mise en vente tardive.

Le pli est pris, et la tradition est restée : aujourd’hui, il est ainsi possible d’acheter le tout dernier millésime, mais aussi des plus anciens donc, précieusement conservées toutes ces années dans la cave de vieillissement des Luneau-Papin.

Simplicité et sophistication, générosité et sens du partage…

Merci Marie pour ces heures volées.

La meilleure des visites pour se remettre le pied à l’étrier, en ce début de printemps qui peine à sortir le bout de son nez !


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