Quand tout nous ramène au vin… Champagne Pascal Doquet

[DÉGUSTATION]

Le mois d’août est quand même un mois marrant.

C’est à la fois la grande absence – tout le monde part en vacances – et l’effervescence – ceux qui restent sont en sous-effectif et/ou on en profite pour lancer les gros travaux qui ne gênent (presque) personne.

Côté vignoble, c’est un peu l’un des seuls mois où les vignerons peuvent partir un peu, où, de toute façon, maintenant, faut attendre que ça mûrisse. Alors, oui, si on cherche un peu, il y a toujours quelque chose à faire : un dernier petit traitement, la paperasse accumulée à classer, les vendanges à organiser… Alors, moi, forcément, quand je me pointe pour rendre visite à des vignerons, j’ai droit à deux types de réponse ces temps-ci : « On part enfin en vacances, rappelez à la fin de mois ! » Ou : « Oulah… Avec l’année qu’on a eu, vous savez, on est débordés, on a tout un tas de trucs à terminer, si on veut être fin prêts pour les vendanges. »

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Bref, en ce moment, à part chez les très gros, c’est galère pour les visites.

Aussi, je suis plus que ravie, quand j’arrive à décrocher un rendez-vous avec Laure Doquet, épouse de Pascal Doquet, du champagne du même nom.

Un petit bout de femme très énergique, qui est toute chamboulée quand je frappe à sa porte car elle a, finalement, complètement zappé notre rendez-vous. Août quand tu nous tiens…

Une rencontre du coup assez improvisée, mais qui a le mérite d’être naturelle, et puis, une fois les présentations un peu lancées, détendue.

Laure n’y va pas par quatre chemins, on déguste illico, et on discute au fur et à mesure.

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« Nos raisins ne sont pas bodybuildés… » : avec ça, tout est dit. (#bio #letstalknature)

Les champagnes parlent d’eux-mêmes : on est sur du qualitatif, du très qualitatif, même. Dès celui qui se veut être « l’entrée de gamme » (dieu que cette expression est vilaine !), on découvre des arômes fruités, ronds, une jolie bulle, et une certaine longueur. Alors, quand on avance dans la dégustation, avec des monoparcellaires et des millésimes, le nez et le palais s’excitent…

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Laure nous présente les coupures de presse, mais aussi les cartes détaillées de la région pour situer leurs parcelles. Elle nous montre aussi les photos des tracteurs qu’ils utilisent, ultralégers, pour éviter de tasser les sols.

Il n’y a pas de secret : pour réaliser des champagnes « vibrants » comme ceux-ci, il faut faire parler le terroir. Traduisez : il faut respecter la terre, et lui permettre de s’exprimer, de révéler ses caractéristiques. Le choix du bio (dès 2002), par Pascal et Laure, c’est d’une limpidité presque déconcertante. Quitte à se désolidariser de la structure familiale, pour rester dans cette logique jusqu’au bout : « Il vaut mieux un petit chez-soi, qu’un grand chez les autres »…

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Chaque nom de cuvée a son histoire : Horizon, pour la ligne bien définie de l’horizon que l’on voit depuis certaines parcelles, Arpège, car elle regroupe 3 terroirs telles 3 notes de musique, Cœur de terroir, pour les millésimes, dont les raisins sont issus des « cœurs de coteaux », les plus belles parcelles…

Des champagnes très purs, très peu dosés en sucre, et dont d’ailleurs l’ajout final se fait à partir de MCR*.

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Avant de créer son champagne sous le seul nom de Doquet, Pascal travaillait pour la famille, avec la marque « Doquet Jeanmaire ».

Et puis, au détour d’une gorgée d’un de ces si bons champagnes, cette découverte : si pour Pascal, ça a toujours évident qu’il travaillerait dans le champagne, pour Laure, rien n’était écrit : elle avait fait des études littéraires, et travaillait à Épernay, côté administratif. Mais une histoire d’amour et le succès du champagne familial aidant, elle a rejoint son mari, et a tout appris à ses côtés.

Et quand on l’écoute nous décrire les cuvées, ou les divers choix réalisés pour tel ou tel assemblage, on se dit qu’il n’y a pas meilleure école…


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Détails de dégustation (Dans l’ordre de la dégustation, et non de la photo):

  1. Horizon
  2. Arpège
  3. Grand Cru (Mesnil sur Oger)
  4. Mont-Aimé 2005
  5. Vertus 2005 => décidément, un coup de cœur pour les champagnes issus de ce terroir !
  6. Mesnil sur Oger 2005

Bien que nous sommes ici en terre de Chardonnay – la célèbre Côte des Blancs – les champagnes expriment une structure, une profondeur, qui n’est pas sans me rappeler le Pinot Noir. Ce à quoi Laure a une explication : la Côte des Blancs est une ancienne Côte des Noirs ! Il y a quelques décennies, la zone était plantée exclusivement en Pinot, jusqu’à ce que de grandes maisons poussent à la plantation de Chardonnay, alors de plus en plus recherché. Le Chardonnay traduirait-il parfois un terroir autrefois propre au cépage noir ?

(#mysteresdusol)


Une superbe dégustation, qui me convainc tellement que je repars avec plusieurs bouteilles. Car en plus, les champagnes sont ici tout à fait accessibles, et ça, c’est pas rien.

Merci Laure pour cet échange. Et au plaisir de suivre votre philosophie…

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La salle de dégustation ? Directement dans le bureau. Pas de chichi, et tellement de spontanéité et de charme dans cette rencontre…

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*MCR = moût concentré sucré, c’est-à-dire du sucre de raisin, extrait à l’état liquide, et non du sucre de canne ou de betterave, bien plus couramment utilisés dans la région.


Le site Internet du Champagne Doquet : ici.


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