Mickaël Rodez, ou la boule à facettes de la Champagne

J’ai rencontré Mickaël dans le cadre d’une formation.

Son cours portait initialement sur la dégustation. Alors, certes, nous avons dégusté, exercé notre nez* et appris quantité de choses sur les accords mets et vins.

Mais, en à peine 3 jours de temps, nous avons abordé une foultitude d’autres sujets. Mickaël, c’est un peu une encyclopédie vivante sur la vigne, sur la viticulture ou la vinification. Je dirais même une encyclopédie engagée, généreuse et gourmande.

Non content de nous expliquer les différentes maladies de la vigne (mildiou, millerandage, oïdium… si ça, c’est pas la preuve que le vocabulaire du vin est plein de surprises !), la différence entre le ratafia, la fine et le marc, ou encore nous dessiner une coupe transversale de baie de raisin (sans oublier son pédicelle… son pédicelle !! #lesmotsduvin #somuchfun), Mickaël a tenu un discours écologique cohérent, ne jetant pas la pierre à la viticulture « conventionnelle », mais nous expliquant avec moult exemples en quoi faire du bio c’était avant tout logique : on veut faire du bon vin ? On veut du bon raisin ? Il nous faut un sol « propre ». Et tout le reste en découle.

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Ma coupe de baie de raisin. Pour les observateurs, il est question ici de fécondation. Back to SVT ! 😉

Mais, et c’est là que le personnage se complique, Mickaël ne correspond pas du tout à l’image de l’écologiste militant que son discours laisse transparaître. Oui, oui, je sais, on est au XXIème siècle, le bio n’est plus l’apanage de quelques allumés du Larzac. Mais, que voulez-vous ma bonne dame, les clichés ont la vie dure… Mickaël n’a ni l’allure d’un militant altermondialiste (#jassume), encore moins celle d’un bobo parisien. On le croirait tout droit sorti d’un campus américain, avec ses baskets, son jean et son sweat à capuche épais comme un duvet. Et quand j’apprends, au détour d’une conversation, qu’il est passionné de voiture et de bécanes en tout genre, qu’il s’est installé un caveau de dégustation privé dans le sous-sol de sa maison avec écran géant, platines et table de mixage… je suis sciée.

Eh bien oui, je l’avoue : j’ai beau détesté les conclusions hâtives et les étiquettes, j’ai tout de même besoin de quelques repères pour comprendre, ou du moins essayer, qui j’ai en face de moi. Mais continuons.

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Mickaël Rodez, au coeur de son vignoble d’Ambonnay, classé Grand Cru.

Une encyclopédie engagée je disais, et bien vivante. Pas de celles qui restent à prendre la poussière sur une étagère. À seulement 32 ans, Mickaël est avide de partager son expérience, de former d’autres passionnés, allant même jusqu’à enseigner la taille à des jeunes en recherche d’emploi… pas toujours franchement passionnés, eux. Un besoin de transmission qui relève presque de la générosité. Car ces missions de formateur, Mickaël n’en a pas besoin pour vivre : son métier – et je vous l’apprends comme je l’ai découvert, comme une parenthèse dans une conversation ! – c’est d’être vigneron.

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Un champagne monoparcellaire, millésimé, et monocépage… Une petite pépite.

Issu d’une famille de producteurs de champagne depuis 9 générations, il a très vite su qu’il reprendrait le flambeau familial. Et, quand on se renseigne un peu, on comprend très vite que l’on joue ici dans la cour des grands. Je veux dire de ceux dont les cuvées s’arrachent sur toutes les plus prestigieuses tables de la capitale (et quand je dis prestigieuses… je parle de minimum 3 étoiles, hein).

Alors, forcément, les choses se précisent un peu pour moi : Ah bah oui, facile de faire du bio quand on en a les moyens (oui je sais, c’est petit, je suis d’humeur taquine aujourd’hui) !

Oui… mais non. Car j’apprends alors que le bio, les Rodez s’y sont engagés il y a plus de 20 ans, quand on les prenait clairement pour des fous et que, vraiment, ce n’était pas du tout une tendance.

Et la gourmandise ? Eh bien, j’ai pu le vérifier au sens propre dès le premier jour, quand je l’ai vu accepter une part de mon dernier test culinaire apporté en cours (un gâteau au yaourt de châtaigne, avec morceaux de pommes et pépites de chocolat : c’était moche, mais c’était bon).

Mais c’est surtout pour qualifier sa philosophie de vie que j’ai eu envie d’utiliser ce mot… J’ai évoqué son petit espace perso, je pourrais aussi parler de son goût des voyages : il a travaillé en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud… Il projette aujourd’hui de découvrir le vignoble argentin, de retourner plus longuement en Californie…

Un gourmand de vie, de partages, de rencontres. Une personnalité au moins aussi complexe et surprenante que ses vins, que j’ai eu l’immense chance de goûter…

Businessman, viticulteur, formateur, œnologue, DJ à ses heures perdues, mécanicien… Mickaël Rodez, un autodidacte touche-à-tout, un puits de savoir entre tradition et ultra-modernité… le vigneron du XXIème siècle ?


Champagne Rodez, Mickael, Martine & Eric Rodez, 4 rue de Isse 51150 Ambonnay

Leur Site Internet.


*Notamment grâce au « Nez du vin », un coffret rempli de flacons représentant les quelques centaines d’arômes que l’on peut retrouver dans un vin. Une sorte de Loto des odeurs, version adulte. Adulte qui boit.

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