Bienvenue chez Pol.

S’il y a bien une maison que je rêvais de visiter en Champagne, c’est celle-ci. POL ROGER. Le champagne préféré de Sir Winston Churchill.

Il y a encore quelques mois, je faisais partie de ces étonnés, que seule l’orthographe de « Pol » interrogeait. Le champagne en question ? Jamais goûté.

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Et puis, j’ai séjourné en Champagne. J’ai vite compris que cette maison faisait partie d’un cercle un peu select, celui des maisons qui ont su garder leur âme… et leur philosophie. Et quand je parcourais – presque quotidiennement – la fameuse Avenue de Champagne et ses somptueux hôtels particuliers, l’un d’eux me fascinait tout particulièrement.

C’était bien entendu celui de notre ami Pol.

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Une allure de forteresse imprenable, qui réveille à chaque fois mon imagination…

Autant vous dire que quand, en ce début d’hiver, je suis invitée par un ami pour une visite privée de la Maison, je sautille d’excitation. 

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On est ici dans la maison familiale – le château – , habitée jusque dans les années 1960 par les descendants de Pol Roger. Aujourd’hui, réceptions et visites continuent de donner vie au lieu, qui est aussi le siège des services administratifs.

Tout a commencé en 1847, quand Pol Roger, âgé de 16 ans, décide de faire son propre vin pour subvenir aux besoins de la famille. Deux ans plus tard, il a 18 ans et réalise sa première vente. Quand il meurt d’une pneumonie en 1899, ses deux fils, Maurice et Georges Roger, prennent la relève, et écrivent au Président de la République pour demander la transformation de leur patronyme en Pol-Roger.

Un hommage à leur père, dont le couple prénom+nom était devenu une marque en soi (avec notamment très vite un joli succès du côté des voisins Grands-Britons qu’il avait su séduire en élaborant des champagnes très peu sucrés… pour l’époque).

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Ces jolies étiquettes, c’est le Royal Warrant, un symbole officiel qui signifie que l’entreprise est fournisseur d’une tête couronnée… En l’occurence, Pol Roger c’est aujourd’hui LE champagne sélectionné lors des événements de la cour britannique. For instance, le mariage de Kate & Willie, ou le baptême de Little George.

Des liens avec l’Angleterre qui vont être renforcés à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, quand en 1944 Sir Winston Churchill rencontre Odette Pol-Roger, l’épouse du petit-fils de Pol, Jacques. Une amitié incroyable qui, paraît-il, allait jusqu’à conditionner la venue de l’homme d’Etat en France :

« Je ne viens que si Odette est également présente ».

Odette… ou l’atout charme de la maison, qui va cultiver très fortement ce lien privilégié…

À la mort de Churchill, elle fit ajouter un liseré noir sur toutes ses bouteilles.

Dix ans plus tard, la maison décide de créer une cuvée hommage, dont l’assemblage se doit de refléter les goûts de l’homme : un champagne millésimé, volontairement vineux (une majorité de Pinot noir), exclusivement élaboré à partir de grands Crus et issu d’un long vieillissement. Car avant même les liens d’amitié qui unirent Churchill et Pol Roger, il y eut des atomes crochus… gustatifs. Célèbre pour avoir été un véritable bon vivant, le Premier Ministre britannique avait en effet un faible pour les vieux champagnes, qu’il n’hésitait pas à déguster avec un cigare.

Aujourd’hui, 13 cuvées Churchill ont été créées, et toutes ont au préalable été présentées aux descendants de Winston. Aucune obligation commerciale, uniquement la volonté d’être au plus près de la personnalité et du goût de cet homme.

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« My tastes are simple. I’m easily satisfied with the best »… Merci Winston, je n’aurais su dire mieux.

Visiter et déguster Pol Roger c’est donc frayer avec une histoire incroyable, et des personnages qui le sont tous autant.

Alors quand, après la demeure familiale, j’entre ENFIN dans cette bâtisse follement romanesque (oui, je m’emballe), je suis plus que mûre pour laisser parler mon imagination…

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Et là, contraste détonant avec l’allure extérieur des lieux : derrière les murs se cache en fait l’un des sites de production parmi les plus modernes en Champagne. Des cuves inox, avec certaines en mini-format, pour être capable de travailler en parcellaire (#dentelle #travaildefourmi) et une en géante (plus de 1000 hectolitres, damned !!!), des cuves carrelées, plusieurs chaînes d’habillage et de dégorgement…

Hormis les pressoirs, situés directement dans les différents vignobles de la région pour un souci de qualité, toute la production se fait dans ces lieux.

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Familiale, Pol Roger l’est aussi dans sa taille : la production est d’environ 1,6 millions de bouteilles par an*, et compte une soixantaine d’employés à l’année.

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Un tableau de bord de compèt’, pour tout savoir sur les températures souhaitées et réelles, et, par déduction, l’état des jus : en fermentation, ou pas encore ?

Et puis vient ce moment magique, où l’on descend plusieurs volées d’escaliers…

Il fait frais et humide, l’obscurité est quasi totale…

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Près de 9 millions de bouteilles vieillissent ici. Une bouteille par parisien, quoi. (#chacunsesrepères)

J’apprends alors qu’en 1900 (1 an tout pile après la mort de sieur Pol Roger), un effondrement colossal des caves a presque manqué de faire couler la maison. 500 fûts et 1,5 millions de bouteilles auraient été détruits. Se met alors en place un mouvement de solidarité assez incroyable avec les dirigeants de Moët & Chandon et Perrier-Jouët : pendant 6 ans, ces derniers vont prêter du matériel, donner des bouteilles, allouer leurs propres caves… bref, soutenir leur voisin qu’est Pol Roger.

Une jolie anecdote, qui laisse songeur… Que se passerait-il si une situation pareille se produisait aujourd’hui, à l’heure où ce sont désormais de grands groupes qui tiennent les rênes de la plupart de ces marques ?

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Des graffitis plus ou moins énigmatiques veillent dorénavant sur les bouteilles 😉

Lors de notre promenade souterraine, nous croisons nombre d’employés. Tous se saluent, plaisantent, et, l’heure tournant et la pause déjeuner approchant, ils disparaissent progressivement, redonnant au lieu une dimension mystique.

Avant de remonter, l’un des plus anciens remueurs de la maison, Pascal, nous fait la démonstration de son travail. On se retient d’applaudir, on n’est pas au cirque.

N’empêche… balèze le mec. Il a fait les comptes : il aurait remué près de 400 millions de bouteilles dans sa vie. 

Soit le nombre d’albums vendus par Madonna.

Et une moyenne de 60 000 bouteilles tournées par jour (pour Pascal, hein, pas Madonna).

Mais un remueur n’est pas un simple tourneur. « Il doit savoir lire le vin… » nous murmure Pascal. Un savoir-faire ancestral, qui prend en compte de multiples facteurs comme la température, les flux magnétiques, géologiques, venteux…

Je l’écoute, fascinée.

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« The magnum is the best size for two gentlemen to share over a lunch, as long as one of them is not drinking ». Après, on peut aussi ouvrir plusieurs bouteilles, surtout quand on a ce choix sous les yeux… N’est-ce pas Winston ?

Aujourd’hui encore, les descendants de Pol Roger prennent part aux activités de la maison, et pas seulement pour signer des papiers : Hubert et Evelyne (5ème génération) par exemple, sont respectivement directeur des relations publiques et responsable vignoble, mais il y a aussi Christian et Christian, 77 et 88 ans, les cousins issus de la 4ème génération, ancien directeur export et directeur-tout-court, qui ne sont jamais bien loin et continuent d’arpenter les couloirs du Fort…

Pol Roger : une maison, au sens plein.

Et un esprit de (grande) famille, du début à la fin de la visite.

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La dégustation qui clôt la visite ne manque pas de cachet. Un coup de coeur pour le brut qui me rappelle les repas de famille du dimanche (on n’avait pas la chance de boire du Polo hein, mais le rôti de mamie l’aurait TRÈS bien supporté), et pour la fameuse cuvée Churchill… qui réveille en moi des envies de cigare. #vacomprendre

Merci Aymeric pour cette visite, merci Sébastien, pour cette invitation, et pour cette passion que tu transmets si bien.

Et, juste pour toi, cette petite boutade, aussi lapidaire que parfaitement drôle :

« – Winston, vous êtes saoul – Oui, et vous, vous êtes moche. Mais moi au moins, demain matin, je serai sobre. »

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Crédits photos : Romain L. 😉


Pour en savoir plus, je vous recommande chaudement le site Internet de Pol Roger, riche d’anecdotes et de jolis clichés.

Et à propos du lien Churchill-Pol Roger, de bonnes informations ici.


*C’est beaucoup, comparé à un vigneron indépendant, mais c’est peu, si l’on compare avec les mastodontes du secteur.

2 Responses to “Bienvenue chez Pol.

  • Bonjour,
    Je découvre votre blog grâce à un lien fait par Emmanuel Delmas, bravo pour le contenu de vos articles et la qualité des photos, on voyage avec vous!
    Cédric

    • Merci Cédric ! J’espère que les reportages 2017 vous enverront également cette énergie 😉

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